Eleven, prénom choisi bien avant la diffusion de Stranger Things sur Netflix, est devenu malgré lui celui du personnage principal de la série. Depuis son entrée au collège, la jeune fille qui le porte subit des moqueries incessantes de ses camarades, au point que la frontière avec le harcèlement scolaire commence à se brouiller.
Le prénom Eleven n'appartient pas qu'à une fiction. Avant que la série Stranger Things ne le propulse au rang de phénomène culturel mondial, des parents, décrits comme d'anciens hippies attirés par le mystique et l'inhabituel, l'avaient choisi pour leur fille. Un choix singulier, assumé, qui reflétait une vision du monde bien à eux. Mais la popularité fulgurante de Netflix a tout changé.
Concrètement, ce qui était une identité propre est devenu, aux yeux des camarades de collège, une référence permanente à un personnage de série télévisée. Et la vie de cette adolescente s'en trouve profondément affectée.
Eleven, un prénom hors du commun bien avant la série
Choisir un prénom rare relève d'une décision intime, parfois militante. Les parents d'Eleven ne cherchaient pas à coller à une tendance : ils voulaient un prénom qui sorte des sentiers battus, en accord avec leur sensibilité pour l'inhabituel et le mystique. Le prénom a donc été donné avant la sortie de Stranger Things, sans aucun lien avec la série.
Ce type de démarche n'est pas isolé. Certaines familles optent délibérément pour des prénoms rares, voire uniques. On pense par exemple à ces prénoms en « D » donnés moins de 400 fois en 25 ans, ou encore à ces prénoms de filles très français, légèrement vieillots mais porteurs d'une vraie singularité. Le prénom rare est souvent perçu comme un cadeau d'originalité. Jusqu'à ce que la culture populaire s'en empare.
Quand Netflix redéfinit une identité
Stranger Things a été diffusée à partir de 2016 sur Netflix et a connu un succès planétaire. Eleven, le personnage principal de la série, est une jeune fille aux pouvoirs télékinésiques, immédiatement reconnaissable. Son prénom est devenu l'un des plus associés à la série dans l'imaginaire collectif. Résultat : toute personne portant ce prénom dans la vraie vie se retrouve automatiquement renvoyée à cette fiction, qu'elle le veuille ou non.
Pour la jeune Eleven, ce choc identitaire est permanent. Chaque nouvelle rencontre au collège, chaque présentation en classe devient potentiellement le déclencheur d'une comparaison, d'une blague, d'un commentaire. L'essor culturel de la série a occulté les conséquences humaines très concrètes pour ceux qui portaient ce prénom avant elle.
Des moqueries au collège qui virent au harcèlement
L'entrée au collège marque souvent une période de vulnérabilité pour les adolescents. Pour Eleven, elle a coïncidé avec le début de moqueries qualifiées d'"incessantes" par Claire, fondatrice du site ville-nevez.com et auteure de l'article publié le 7 juin 2025. Les camarades multiplient les comparaisons entre la jeune fille et le personnage de série, sans que cela ne s'arrête.
La frontière entre taquineries répétées et harcèlement scolaire est ténue. Des moqueries « incessantes » liées à l’identité d’un élève peuvent rapidement basculer dans une situation de harcèlement caractérisé, avec des conséquences psychologiques durables.
Un tourbillon d'émotions contradictoires
La situation génère chez l'adolescente un tourbillon d'émotions contradictoires. D'un côté, un prénom qui lui appartient, choisi avec soin par ses parents, porteur d'une histoire familiale. De l'autre, une image imposée par la culture populaire, celle d'un personnage fictif auquel elle est sans cesse renvoyée malgré elle. Ce choc identitaire est particulièrement difficile à vivre à l'adolescence, période où la construction de soi est déjà fragile.
Les comparaisons constantes ne sont pas anodines. Elles nient l'individualité de la jeune fille, réduisant son prénom, et donc une partie de son identité, à une référence télévisuelle. Ce phénomène dépasse le simple cas d'Eleven : il illustre comment la popularisation d'un prénom par une série Netflix peut transformer durablement le vécu de ceux qui le portaient avant.
Des parents fiers malgré tout
Malgré les difficultés vécues par leur fille, les parents d'Eleven demeurent fiers de leur choix. Aucune remise en question n'est évoquée, aucune procédure de changement de prénom n'est mentionnée. Leur attachement à ce prénom reste intact, ancré dans les valeurs qui les avaient guidés au moment du choix : singularité, ouverture, attrait pour l'inhabituel.
Cette posture peut sembler paradoxale au regard de ce que vit leur fille au quotidien. Mais elle traduit aussi une conviction : celle que l'identité ne doit pas se plier aux diktats de la culture de masse. Le prénom d'Eleven existait avant Stranger Things, et il continuera d'exister après.
En France, un changement de prénom est possible par voie judiciaire ou administrative si la personne justifie d’un intérêt légitime. Les situations de souffrance liée au prénom peuvent constituer un tel motif.
Le poids de la culture pop sur les prénoms réels
Le cas d'Eleven n'est pas unique dans l'histoire des prénoms et de la culture populaire. Des séries, des films ou des personnages emblématiques ont régulièrement influencé les choix des parents, parfois en générant des vagues de prénoms identiques, parfois en stigmatisant ceux qui les portaient déjà. La popularisation d'un prénom par Netflix crée ainsi un avant et un après pour ses porteurs.
Ce phénomène de harcèlement lié au prénom dans le cadre scolaire mérite d'être pris au sérieux. Les établissements et les familles gagneraient à anticiper ces situations plutôt qu'à les découvrir une fois les dégâts installés. Pour Eleven, la situation est déjà là, quotidienne, pesante, et la frontière avec le harcèlement scolaire caractérisé reste dangereusement proche selon le récit de Claire, depuis Névez, publié en ce début juin 2025.


