Guerre : l’erreur fatale que font 90% des retraités avec leur épargne en ce moment

En période de tensions géopolitiques, de nombreux retraités français commettent une erreur silencieuse mais coûteuse : laisser leur épargne se concentrer sur des placements à capital garanti en euros, croyant se protéger. Résultat : l'inflation grignote leur pouvoir d'achat année après année, sans qu'ils s'en aperçoivent vraiment. La guerre en Ukraine, les tensions au Moyen-Orient et autour de Taïwan ont ravivé des craintes anciennes, mais les vrais dangers pour l'épargne des seniors sont souvent ailleurs.

Les retraités français ont une mémoire longue, ou du moins une mémoire héritée. La peur du blocage bancaire, du prélèvement exceptionnel sur les comptes, de la banqueroute de l'État : ces scénarios circulent dans les conversations familiales depuis des décennies. Et quand les actualités s'embrasent, ces craintes refont surface avec une intensité particulière.

Mais cette peur, aussi compréhensible soit-elle, conduit souvent à une stratégie patrimoniale contre-productive. Comprendre ce qui s'est réellement passé lors des grandes crises du passé permet de mieux anticiper les vrais risques d'aujourd'hui.

L'histoire montre que l'ennemi de l'épargne, c'est l'inflation

Ce que les guerres ont vraiment fait aux économies françaises

Entre 1914 et 1920, la France a suspendu la convertibilité-or du franc. Un épargnant qui détenait 10 000 francs-or en 1914 a vu le pouvoir d'achat de cette somme divisé par quatre en six ans. Les prix ont quadruplé. Les obligations d'État, réputées sûres, ont perdu plus des trois quarts de leur valeur réelle avant la création du nouveau franc en 1960, établi dans un rapport de 100 pour 1 par rapport à l'ancien.

La Seconde Guerre mondiale a reproduit le même schénario : inflation élevée, taux d'intérêt maintenus artificiellement bas par les autorités. Les épargnants qui avaient misé sur des placements obligataires ont été lentement dépossédés, non pas par un décret brutal, mais par l'érosion silencieuse de la monnaie.

Le choc pétrolier de 1973, autre leçon ignorée

Le choc pétrolier de 1973, déclenché par la guerre du Kippour, a quadruplé le prix du baril de pétrole en quelques mois. En 1974, l'inflation française atteignait 13,7 %. Là encore, ceux qui dormaient sur des livrets ou des obligations à taux fixe ont vu leur capital nominal intact, mais leur pouvoir d'achat fondre à vue d'œil.

C'est précisément ce mécanisme, la répression financière, qui constitue le vrai risque historique : des taux d'intérêt maintenus en dessous de l'inflation par décision politique, transférant discrètement de la richesse des épargnants vers les États endettés.

ℹ️

Information
La répression financière ne supprime pas l’épargne brutalement. Elle l’érode progressivement, sans que l’épargnant voie son solde diminuer. C’est précisément pour cela qu’elle est si efficace et si peu perçue.

L'erreur actuelle : confondre sécurité nominale et protection réelle

Des rendements réels négatifs depuis 2022

Entre 2022 et 2024, l'inflation européenne a oscillé entre 8 % et 10 %. Dans le même temps, les fonds euros des contrats d'assurance vie servaient en moyenne 2 à 2,5 % de rendement. La différence n'est pas anodine : un épargnant qui perçoit 3 % sur son livret pendant une période d'inflation à 5 % enregistre un rendement réel de -2 %. Son capital est intact sur le papier. Son pouvoir d'achat, lui, recule chaque année.

L'erreur actuelle : confondre sécurité nominale et protection réelle

Cette situation rappelle celle que vivent de nombreux seniors décrits dans des témoignages récents, comme ce couple de 87 ans aux ressources limitées, pour qui chaque point d'inflation grappillé sur une pension fixe représente une perte concrète de niveau de vie.

Le piège de la concentration sur les placements garantis

Les spécialistes identifient un seuil critique : dépasser 50 % du patrimoine placé en supports à capital garanti en euros expose les retraités à une érosion structurelle de leur pouvoir d'achat. Et pourtant, c'est précisément ce que font la majorité des seniors, rassurés par la garantie nominale de leurs livrets et de leurs fonds euros.

La loi Sapin 2 ajoute une dimension supplémentaire au risque : elle prévoit la possibilité d'un gel temporaire des contrats d'assurance vie en cas de crise systémique. La garantie du Fonds de Garantie des Dépôts et de Résolution (FGDR), plafonnée à 100 000 euros par personne et par établissement, ne couvre pas non plus les décisions politiques comme le contrôle des capitaux. Autrement dit, la sécurité perçue n'est pas totale, même sur les supports les plus classiques.

-2 %
de rendement réel quand le livret rapporte 3 % et l’inflation dépasse 5 %

Ce que les retraités devraient faire concrètement

Organiser la liquidité sans se surexposer aux comptes courants

La première règle pratique est de conserver l'équivalent de 3 à 6 mois de dépenses courantes sur des livrets réglementés. Cette réserve couvre les imprévus sans immobiliser un capital trop important dans des placements à rendement réel négatif. Au-delà, accumuler des sommes importantes sur un compte courant n'a guère de sens : les spécialistes recommandent de réduire progressivement les soldes dépassant 10 000 euros sur ce type de compte.

La répartition entre plusieurs établissements bancaires, de façon à rester sous le plafond de 100 000 euros garanti par le FGDR par banque, constitue une précaution élémentaire. Ce n'est pas de la paranoïa, c'est de la gestion de base. Par ailleurs, les questions fiscales liées à la transmission méritent attention : un contrat d'assurance vie bien structuré permet d'utiliser l'abattement de 152 500 euros par bénéficiaire pour les versements effectués avant 70 ans, et de 30 500 euros après cet âge. Des leviers que beaucoup de seniors ignorent ou sous-utilisent, alors même qu'ils se posent des questions sur les droits de donation.

Introduire de la diversification pour contrer l'érosion monétaire

Transférer le surplus d'épargne vers une assurance vie multisupport, intégrant des unités de compte exposées aux actions, à l'immobilier ou à l'or, permet de sortir progressivement de la dépendance aux supports en euros. Ces classes d'actifs ont historiquement mieux résisté aux épisodes inflationnistes que les obligations ou les livrets.

Concrètement, une diversification partielle, même modeste, vers ces actifs réels constitue une réponse structurelle à l'érosion monétaire que ni les livrets ni les fonds euros ne peuvent contrer seuls. Et dans un contexte où les nouvelles taxes fiscales pèsent déjà sur le budget des ménages, préserver le rendement réel de l'épargne devient un enjeu de premier plan.

À retenir
En période de tensions géopolitiques, les spécialistes recommandent un check-up patrimonial au moins tous les six mois. La structure d’un patrimoine conçue en période de taux bas et d’inflation faible peut devenir inadaptée très rapidement lorsque le contexte change.

Les retraités français ne font pas une erreur de naïveté. Ils font une erreur de cadre : ils se protègent contre des risques spectaculaires (blocage bancaire, saisie) en s'exposant à un risque bien plus probable et bien plus documenté historiquement, celui de l'érosion silencieuse de leur pouvoir d'achat par l'inflation. L'histoire française, de 1914 à 1974, le démontre avec une constance troublante. Et les données de 2022 à 2024 montrent que ce risque n'appartient pas au passé.

Partager :