La hausse de l'essence provoque un retour massif des jerricans dans les stations-service françaises. Mais remplir un bidon à la pompe sans respecter les règles en vigueur expose à une amende de 150 euros, voire à la saisie du carburant par les forces de l'ordre. Ce que beaucoup d'automobilistes ignorent encore.
Les tensions au Moyen-Orient et la guerre en Iran font peser une menace sur le détroit d'Ormuz, par lequel transite 20 % du pétrole mondial. Résultat : les prix à la pompe grimpent, et avec eux, un réflexe bien connu des Français. Les stations-service voient affluer des clients qui repartent non seulement le réservoir plein, mais aussi avec un ou plusieurs bidons chargés dans le coffre. L'Union française des industries pétrolières (UFIP) a confirmé une hausse sensible du volume des ventes en station, signe que le phénomène est déjà bien enclenché.
Mais ce comportement, aussi compréhensible soit-il, peut se retourner contre ceux qui le pratiquent sans précaution, et pas seulement pour des raisons de sécurité.
La ruée vers les pompes aggrave la pénurie qu'elle cherche à éviter
Le paradoxe est bien documenté. Chaque fois que les prix de l'essence flambent ou qu'une crise géopolitique inquiète, une partie des automobilistes anticipe une pénurie en stockant du carburant. Ce faisant, ils contribuent précisément à créer les tensions d'approvisionnement qu'ils redoutaient. Les cuves des stations se vident plus vite, les livraisons peinent à suivre, et la panique s'auto-entretient.
2022 en est l'exemple le plus récent en France. Lors des grèves dans les raffineries, les stations avaient vu débarquer une vague de jerricans, au point que plusieurs préfets avaient dû prendre des arrêtés d'interdiction pour freiner le phénomène. Les autorités excluent aujourd'hui tout risque d'approvisionnement à court terme, mais l'afflux en station est déjà là. Et la réglementation, elle, s'applique quoi qu'il arrive.
En France, un particulier ne peut transporter qu’un seul jerrican par véhicule, d’une contenance maximale de 5 litres. Au-delà, le transport de carburant en bidon relève de la réglementation sur les marchandises dangereuses.
L'erreur à la pompe qui peut coûter 150 euros
Beaucoup d'automobilistes l'ignorent : remplir un jerrican à la station-service n'est pas une pratique libre et sans contrainte. La réglementation est précise, et son non-respect peut coûter 150 euros d'amende. Dans les cas les plus sévères, les forces de l'ordre peuvent procéder à la saisie ou au vidage forcé des bidons.
Ce que dit la loi sur le transport de carburant en bidon
L'essence est classée comme marchandise dangereuse de classe 3 (liquides inflammables). Pour un particulier, la limite légale est stricte : un seul jerrican par véhicule, avec une contenance maximale de 5 litres. Transporter davantage sans autorisation spécifique constitue une infraction. Et lorsqu'un préfet de département prend un arrêté d'interdiction de remplissage ou de transport de carburant en bidon, comme cela s'est déjà produit en 2022, la sanction tombe automatiquement en cas de non-respect.
Cette réglementation s'applique indépendamment de toute crise. Mais en période de tensions sur les prix, les contrôles peuvent s'intensifier, notamment aux abords des stations-service. Les automobilistes qui partent avec plusieurs bidons pleins dans leur coffre s'exposent donc à bien plus qu'un simple regard réprobateur. Pour ceux qui s'interrogent sur d'autres obligations légales liées à leur véhicule, le renouvellement du permis de conduire fait également partie des points à surveiller sous peine d'amende.
Le bon contenant fait toute la différence
L'autre erreur fréquente concerne le récipient lui-même. Remplir une bouteille plastique ordinaire, un bidon de jardin ou tout autre contenant non homologué est strictement interdit. Seuls les jerricans portant un marquage ONU sont autorisés : le code 3H1 pour les modèles en plastique, le code 3A1 pour les modèles métalliques. Le bidon doit en outre être en parfait état, sans fissure ni bouchon défectueux.
Remplir un récipient non homologué (bouteille plastique, bidon de jardinage, etc.) avec de l’essence est interdit. Les stations-service peuvent refuser le remplissage dans tout contenant non prévu à cet effet.
Remplir et transporter un jerrican sans risque
Supposons que vous ayez un jerrican homologué et que vous respectez la limite des 5 litres. La manipulation du carburant reste une opération à risque, et quelques précautions s'imposent pour éviter un accident qui pourrait être bien plus coûteux qu'une amende.

Les bons gestes au moment du remplissage
Le remplissage doit se faire moteur coupé, sans fumer à proximité du véhicule ni de la pompe. L'essence dégage des vapeurs inflammables, particulièrement en cas de remplissage trop rapide ou trop plein. Remplir lentement, sans forcer jusqu'au bord, réduit significativement ce risque. Plusieurs stations ont d'ailleurs mis en place des restrictions sur le remplissage en bidon, voire un refus pur et simple, pour limiter les comportements de stockage massif.
Les règles à respecter pendant le trajet
Une fois le bidon rempli, il se transporte debout, dans le coffre, bouchon hermétiquement fermé. Ne jamais l'ouvrir pendant le trajet, même en cas d'odeur. Les vapeurs d'essence dans un habitacle confiné constituent un risque réel d'intoxication et d'incendie. Ces précautions relèvent du bon sens, mais elles sont aussi encadrées par la réglementation sur le transport des matières dangereuses. Un peu comme certaines erreurs de tri des déchets qui paraissent anodines mais peuvent exposer à des sanctions, les mauvaises pratiques à la pompe passent souvent inaperçues jusqu'au contrôle.
du pétrole mondial transite par le détroit d’Ormuz, au cœur des tensions géopolitiques actuelles
Ce que font déjà certaines stations face à l'afflux
Toutes les stations-service ne restent pas passives. Certaines ont commencé à limiter ou à refuser le remplissage en bidon, anticipant les tensions ou répondant à des consignes locales. Ce type de restriction, qui peut sembler arbitraire au premier abord, s'inscrit dans un cadre légal clair : le gestionnaire de station peut refuser de remplir tout contenant non adapté, et le préfet peut aller plus loin en interdisant formellement le remplissage et le transport de carburant en jerrican sur son territoire.
La situation rappelle que la hausse des prix de l'essence ne génère pas seulement un surcoût au quotidien pour les automobilistes, à l'image des nouvelles taxes qui pèsent sur le budget des Français. Elle crée aussi des comportements collectifs dont les effets dépassent largement l'individu. Stocker massivement du carburant vide les cuves, prive d'autres conducteurs d'un accès normal à l'essence, et peut déclencher une spirale que les autorités cherchent précisément à éviter. La règle du bidon unique de 5 litres maximum n'est pas une contrainte administrative abstraite. C'est un garde-fou contre l'emballement, validé par l'expérience de 2022 et toujours en vigueur aujourd'hui.


